Boulimie
Je bouffe les murs suintants des villes
Et l'eau croupie des cimetières
J'avale salive et aussi bile
Les larmes froides des militaires
J'injecte l'encre et le pétrole
La cire des cierges et des bougies
Le pot d'échappement des bagnoles
D'un vieux slibard je fais orgie
Je cueille les dettes de mes copains
J'éponge la colle et je rumine
Dans les gâteaux c'est le massepain
Et dans les oeufs c'est l'albumine
Je lèche mes doigts quand je m'ennuie
La sauce lapin de mes boulets
Au nouvel an le champagne brille
J'prends du cola quand j'veux mauvais

Je mange la vie tout comme je danse
J'attrape les jours tout comme ça vient
J'emplis à m'en péter la panse
Avec ma peur des lendemains
Je croque ma mort qui est pas venue
Qui s'est trompée d'anniversaire
Elle a du se gourer de rue
Pour condamner d'autres paupières
Je ronge des os au pied d'cactus
J'aspire la vodka à Tashkent
Chez les fourmis c'est le jus de puces
Chez les homos Barbie et Ken

Je mâche le rassis des tartines
Celui du lait et du yaourt
Le bord des cuves dans les latrines
Les semelles le pipi le foutre

J'empiffre en flûtes et en gobelets
En assiettes creuses et éprouvettes
En vieux biberons du cube poulet
En tasses en vases et en pipettes
J'absorbe du thé chez les Berbères
Du miel d'abeille chez les indiens
Du jus d'crotale et de vipère
Du jus d'palmier chez les babouins

J'dévore le réel et le plat
Je veux en faire péter le beau
Le chipoter avec les doigts
Avec le jus de mon p'tit cerveau
Les cartons d'bière me servent de livres
J'écris dessus des idioties
Je crie toutes mes danses du possible
Et prends aux couilles ma connerie

Je chique le tarmac sous la pluie
Les eaux stagnantes des marécages
Je tords toute l'eau de mes essuies
Avec des mouches j'fais du potage

Je suce la craquette des princesses
L'eau des rivières la Meuse la Seine
Je gobe jusqu'au bout de l'ivresse
Les alcools vivants des poèmes

Je grignote les nuits des prisons
Les vieux pansements le pus les pannes
Je sirote aussi le poison
Et comme dessert sirop de canne

Je bois sans soif le rhum des mers
Baxter qui tue mes insomnies
Mâchouille le zob de mes vrais frères
L'eau de cuisson des spaghettis

J'arrache ce qui plaît et dégoûte
Je griffe le fond du fond du fond
Toutes les colères et tous les doutes
Je veux les voir sans démission
J'aboie je titube et je boite
Je baffre de tout ce qui est
Tout qui s'envole tout qui s'éclate
Je graille ma vie dans mes couplets
J'aspire la lie chez les dodos
La mousse le lichen des maisons
Sur mes sardines j'met du Porto
Du grog à l'ail au roupillon

Je mords le drôle et le moins drôle
L'électricité le courant
Le monde entier par les deux pôles
Du Waterzooi c'est évident

J'arrache le vent mastique les taches
La neige qui croque les vers à soie
La terre le sable le pis des vaches
Toutes les blessures que je n'ai pas

J'm'envoie le fond de moules des casseroles
La sève des pins et des tétons
Le son pourri du rock and roll
Et dans mes frites le jus d'poisson

Je croque ma mort qu'est pas venue
Qui s'est trompé d'anniversaire
Elle a dû se gourer de rue
Pour condamner d'autres paupières
Les cartons d'bière me servent à vivre
Je crie dessus des litanies
J'écris toutes mes danses du possible
Et prends aux couilles ma connerie